Le nouvel appel à projets lancé par GRDF, en partenariat avec Maddy Keynote, sollicite le monde des start-ups sur un sujet à fort potentiel, qui répond en parallèle à différentes problématiques liées à l’environnement. Sylvain Frédéric, chargé de mission biométhane chez GRDF, en décrypte les enjeux.

Votre parcours vous permet d’avoir un regard spécifique sur les enjeux de cet appel à projets. Pouvez-vous le résumer ?
Je travaille depuis 17 ans dans la filière méthanisation, ayant cofondé une start-up dans ce domaine dès ma sortie d’études, Naskeo Environnement. Ensuite, depuis deux ans et demi, je suis entré à GRDF pour travailler sur le projet biométhane. Je connais donc bien la filière, mais aussi l’univers des start-ups auquel nous nous adressons.

Pourquoi cet appel à projets ?
GRDF n’est ni producteur, ni vendeur de gaz, mais en tant que distributeur il a un rôle de catalyseur, pour accompagner et faire murir des projets dans ce domaine, agiter les  technologies pour les amener à des solutions toujours plus harmonieuses, pérennes et compétitives. Nous pouvons accompagner des start-ups en leur indiquant le potentiel du marché de la méthanisation, mettre en relation, les faire profiter de notre expérience en toute impartialité… Nous souhaitons créer une émulation entre les meilleures idées.

Surtout, cette initiative s’inscrit dans le cadre de notre projet d’entreprise, qui a été construit collectivement et qui vise à une distribution de 100 % de gaz renouvelable. 

Pourquoi avoir placé cette filière biogaz au cœur du projet d’entreprise ?

Le biogaz est beaucoup plus vertueux pour l’environnement que le gaz naturel, lui-même plus vertueux que les autres ressources énergétiques fossiles. 

Produit à partir de biodéchets issus de la collecte ménagère, de l’agriculture ou de l’industrie agro-alimentaire, il est renouvelable, bas carbone et il apporte des solutions pour trois problématiques environnementales : le traitement de déchets, la production d’énergie et d’amendement des sols – car les matières résiduelles issus d’un méthaniseur peuvent être valorisées en fertilisants. 

Autre avantage, il fournit une énergie qui peut être injectée puis valorisée aussi bien en électricité, en chaleur ou en carburant et qui présente le gros avantage d’être stockable : ainsi, contrairement à d’autres énergies renouvelables, il peut répondre à des situations de pics de consommation comme par exemple pour le chauffage dans une période de grand froid.

Cette filière est donc au cœur de la transition énergétique et environnementale et elle est en plein développement : en quinze ans le nombre d’entreprises de ce secteur a été multiplié par sept et il existe en France une vraie dynamique sur ce secteur, qui concerne aussi bien des grands groupes, des PME, des start-ups… Et certains sont aujourd’hui exportateurs.

La règlementation est-elle également favorable au développement de cette filière ?

La Loi de Transition énergétique offre une opportunité importante puisqu’elle rend obligatoire pour les collectivités, à partir de 2025, de collecter, trier et valoriser les déchets organiques avec un retour aux sols, avec deux solutions pour cela : le compostage et la méthanisation. Cela signifie qu’il est nécessaire de développer des technologies pour la collecte, pour le tri et pour la production d’un gaz de qualité. Or aujourd’hui, peu de collectivités sont dans cette démarche et dans la majorité des cas, les biodéchets des ménages ne sont pas valorisés.

Il s’agit donc d’identifier les projets qui pourront permettre de répondre à ce défi et de leur donner une meilleure visibilité.

Quelles sont les problématiques que soulève cette chaîne de méthanisation ?
La première est une problématique de services de logistique. Les biodéchets sont fermentescibles et peuvent donc provoquer des nuisances s’ils sont stockés trop longtemps. La technologie peut apporter des réponses qui peuvent se situer au niveau du conditionnement ou de la fréquence de collecte par exemple. 

Nous avons également besoin de technologies innovantes au stade du traitement de ces déchets assez différents des autres matières : ils demandent à être déconditionnés, hygiénisés puis méthanisés. Et je pense que nous avons beaucoup de marge d’évolution pour adapter les procédés à la nature de la « soupe » de biodéchets à méthaniser.

Avez-vous des attentes particulières sur une de ces problématiques ?

Nous verrons ce qui émerge… Peut-être y a-t-il des efforts particuliers à réaliser sur les questions de collecte. 

Mais aussi en termes de pédagogie, car l’éducation des habitants peut jouer un grand rôle. On le mesure sur la collecte du verre : le tri est aujourd’hui entré dans les habitudes et la qualité de collecte s’est progressivement améliorée. Il sera nécessaire d’avoir une démarche du même ordre pour habituer les gens à un tri plus strict, plus précis. 

Que peut apporter l’appel à projets aux start-ups qui postuleront ?

Avec mon expérience de start-upper, je peux témoigner que cela peut changer la donne. Une start-up manque généralement de visibilité et de moyens financiers pour engager des études, développer une recherche, etc. GRDF peut offrir également le retour d’expérience précieux d’un grand groupe, opérateur à l’échelle du territoire entier et sur la longue durée. L’appel à projets constitue une belle opportunité pour en bénéficier.

Et pour GRDF ?

Il peut contribuer à remplir l’objectif de notre projet d’entreprise, en valorisant des solutions plus acceptables, pérennes et compétitives, dans une perspective de long terme. 

C’est aussi l’opportunité d’ouvrir la grande entreprise que nous sommes à l’esprit et aux modes de fonctionnement des start-ups, qui ne sont ni plus intéressants ni moins, mais en tout cas différents des nôtres ; et on s’enrichit forcément dans l’échange.

Avez-vous des échos de la réception de l’appel à projets dans le milieu des start-ups auquel vous vous adressez ?

Je sais qu’il existe une grosse émulation, mais l’appel à projets est encore en cours jusqu’au 20 décembre. J’incite les start-ups à postuler, car c’est l’occasion de participer à un bel événement, peut-être de bénéficier d’un accompagnement, mais aussi d’une visibilité importante, car outre le lauréat, les meilleurs projets seront présentés sur le stand GRDF lors de Maddy Keynote, le grand rendez-vous de l’innovation organisé par notre partenaire Maddyness.