Biogaz : réduire les fuites de méthane à faible coût pour renforcer le bénéfice climatique
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Les émissions fugitives de méthane sont un enjeu central pour la filière biogaz. Même lorsqu’il est issu de déchets organiques ou de résidus agricoles, le biométhane doit limiter au maximum les pertes de gaz tout au long de la chaîne de production pour conserver pleinement son avantage climatique face aux énergies fossiles.
Une étude publiée dans Communications Sustainability, revue du groupe Nature, apporte un éclairage important sur ce sujet. Les chercheurs ont analysé 31 installations de biogaz situées en Allemagne, au Royaume-Uni et en Pologne, en s’appuyant sur des mesures réalisées directement sur site, en conditions réelles d’exploitation. Leurs résultats montrent des émissions moyennes de 14,4 kg de méthane par heure et par installation, soit environ 5,4 % du méthane produit.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. L’échantillon reste limité, aucun site français n’a été étudié et les cadres réglementaires diffèrent fortement d’un pays à l’autre. Les résultats ne peuvent donc pas être transposés directement à la situation française. Ils confirment néanmoins un point essentiel : la détection et la réduction des fuites de méthane constituent un levier concret pour améliorer encore le bilan environnemental du biogaz et du biométhane.
L’intérêt de l’étude tient surtout à son approche orientée solutions. Selon les auteurs, jusqu’à 83 % des émissions identifiées pourraient être réduites grâce à des améliorations techniques ou opérationnelles. Plus marquant encore, 59 % des émissions pourraient être évitées à coût net nul, les économies générées par le gaz récupéré compensant les dépenses nécessaires sur la durée de vie des actions engagées.
Les principales sources de pertes identifiées concernent notamment les stockages de digestat non étanches, certaines cuves, les toitures de digesteurs, les évents, les systèmes de cogénération ou encore les équipements présentant des défauts d’étanchéité. Des actions comme la détection régulière des fuites, la réparation des joints, l’intégration de certaines cuves au circuit biogaz, la couverture étanche des stockages ou une meilleure gestion des soupapes de sécurité apparaissent comme des mesures pragmatiques, souvent rapidement activables.
Pour la filière, l’enjeu est à la fois climatique, économique et industriel. Réduire les fuites permet de renforcer le bilan carbone du biométhane injecté, d’améliorer la sécurité des installations, de récupérer une partie de l’énergie produite et de consolider l’acceptabilité des projets auprès des territoires. Dans un contexte où l’Union européenne vise une forte montée en puissance du biométhane à l’horizon 2030, ces résultats rappellent que la qualité d’exploitation sera aussi importante que les volumes produits.
Cette étude ne remet donc pas en cause l’intérêt du biogaz. Elle souligne au contraire l’importance d’une filière bien suivie, bien entretenue et équipée d’outils de mesure adaptés. Les solutions existent déjà pour réduire une grande partie des émissions fugitives de méthane, souvent sans investissements lourds. Pour les producteurs, c’est un levier de performance supplémentaire ; pour la transition énergétique, une condition indispensable pour maximiser le bénéfice climatique du biométhane.
En savoir plus : Majority of methane emissions from European biogas plant supply chains could be eliminated at no net cost | Communications Sustainability