La gazéification hydrothermale franchit un cap avec un démonstrateur industriel inédit à Salamanque
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Ce procédé innovant de valorisation des déchets suscite un intérêt croissant des collectivités et des industriels, en particulier pour le traitement de déchets liquides ou très humides difficilement valorisables par d’autres technologies. Il permet de transformer ces résidus en gaz renouvelable, en fertilisants et en eau, tout en réduisant fortement la quantité de déchets ultimes.
Cette technologie repose sur l’utilisation de l’eau en conditions supercritiques, au-delà de 220 bars et 375 °C. Dans cet état, l’eau possède des propriétés physiques particulièrement favorables à la gazéification : une densité élevée et une faible viscosité, qui en font un excellent agent réactionnel. La gazéification hydrothermale permet ainsi de traiter des biomasses contenant jusqu’à 80 à 90 % d’eau, là où les procédés thermiques classiques atteignent leurs limites. Elle produit en outre un gaz propre, sans goudrons, dont la composition peut être ajustée selon les usages : riche en hydrogène, en méthane ou en CO₂ pour différentes applications industrielles.
Les premiers projets industriels commencent à émerger en Europe, notamment en Suisse, en France et en Espagne. À Salamanque, une collectivité locale s’est associée à CADE Soluciones de Ingeniería et à Aqualia pour développer et exploiter un démonstrateur à l’échelle industrielle. Issu d’un projet collaboratif soutenu par l’Agence nationale espagnole de l’innovation, ce programme a permis de valider la technologie sur plusieurs années et dans un environnement industriel représentatif. CADE y intervient comme développeur technologique, avec l’ambition de proposer à terme des unités clés en main.
Les travaux menés ont notamment permis de lever des verrous techniques majeurs, en particulier liés au comportement de matières complexes comme les digestats, constitués de phases solides, liquides et gazeuses. L’analyse fine des phénomènes au sein du réacteur et l’adaptation progressive de ses composants ont conduit à une amélioration significative des rendements de gazéification.
Pour GRDF, la gazéification hydrothermale présente un intérêt stratégique à plusieurs titres. Dans sa trajectoire de décarbonation, GRDF vise un objectif de 100 % de gaz renouvelables dans les réseaux à l’horizon 2050. Pour y parvenir, l’entreprise s’appuie à la fois sur la méthanisation et sur le développement de nouvelles filières de production de gaz verts, telles que la pyrogazéification, la gazéification thermique, le power-to-méthane et désormais la gazéification hydrothermale. Les travaux de R&D menés par GRDF visent en particulier à s’assurer que les gaz produits respectent les spécifications nécessaires à une injection sûre et performante dans les réseaux.
Au-delà de la production d’énergie renouvelable, la gazéification hydrothermale s’inscrit pleinement dans les objectifs européens de réduction des déchets et de développement de l’économie circulaire. Elle constitue une solution complémentaire au sein du mix énergétique, capable de valoriser des ressources locales, de renforcer la souveraineté énergétique et d’accompagner la transition vers des systèmes énergétiques plus durables.