Méthane de synthèse : en Estrémadure, une injection dans un réseau gazier réel

Méthane de synthèse : en Estrémadure, une injection dans un réseau gazier réel

Installée à Miajadas, dans la province de Cáceres en Estrémadure, l’usine portée par l’entreprise allemande Turn2X marque une étape importante pour le méthane de synthèse en Europe. Le site produit un gaz renouvelable à partir d’hydrogène vert et de CO₂ biogénique, avec un objectif clair : démontrer que ce méthane peut s’insérer dans les infrastructures gazières existantes.

Le projet illustre une différence majeure avec les innovations encore au stade laboratoire. Ici, la technologie Power-to-Gas fonctionne en conditions réelles, avec des équipements industriels et une logique d’injection dans le réseau gazier. C’est précisément ce passage du démonstrateur scientifique à l’usage opérationnel qui rend l’expérience intéressante pour la filière.

Le procédé repose sur une chaîne énergétique en plusieurs étapes. De l’électricité renouvelable alimente d’abord un électrolyseur, qui produit de l’hydrogène vert à partir d’eau. Cet hydrogène est ensuite combiné à du CO₂ biogénique, récupéré auprès d’une usine voisine de bioéthanol. La réaction de méthanation permet alors d’obtenir un méthane de synthèse de haute pureté, compatible avec le gaz naturel conventionnel.

L’intérêt est double. D’un côté, le procédé valorise du CO₂ recyclé au lieu de le relâcher directement dans l’atmosphère. De l’autre, il transforme une électricité renouvelable variable en gaz stockable et transportable, utilisable dans les réseaux déjà en place. Cette approche confirme le rôle du Power-to-Gas comme passerelle entre les systèmes électrique et gazier.

Côté chiffres, le projet T2X a été retenu dans le cadre de la troisième enchère de la Banque européenne de l’hydrogène. Il bénéficie d’un soutien correspondant à 0,62 euro par kilogramme d’hydrogène certifié, pour une capacité d’électrolyse prévue d’environ 9 MW et une production attendue de 6 390 tonnes d’hydrogène renouvelable sur dix ans. Turn2X pilote le projet, tandis qu’Axpo Iberia fournit l’électricité renouvelable produite par Aquila Clean Energy.

Pour les infrastructures gazières, cette démonstration constitue un retour d’expérience concret. Elle montre que le méthane de synthèse peut être pensé non seulement comme une molécule bas carbone, mais aussi comme un outil de flexibilité multi-énergies, capable de stocker une partie de la production renouvelable et de l’acheminer vers des usages industriels difficiles à électrifier.

Cette actualité fait écho aux travaux menés en France sur le Power-to-Gas, notamment avec Jupiter 1000, qui a expérimenté la production d’e-méthane à partir d’hydrogène renouvelable et de CO₂ recyclé pour injection dans le réseau de transport gazier. En Espagne comme en France, ces projets rappellent que les réseaux gaziers peuvent jouer un rôle structurant dans l’intégration des énergies renouvelables et la valorisation du CO₂.

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Photo : ©L'EnerGeek