Veille technologique gaz verts #10 - Avril 2025
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Dixième édition de cette veille dédiée aux évolutions technologiques et réglementaires du secteur des gaz verts. Ce rendez-vous met en lumière les enseignements clés des JRI 2026 à Nancy, les avancées majeures en matière d'optimisation des procédés de méthanisation, les enjeux environnementaux liés aux CIVE et aux microplastiques, ainsi que la structuration réglementaire portée par la PPE3 et l'essor du Power-to-Gas. Un focus est également consacré à une comparaison inédite de la qualité gaz des filières de pyrogazéification et de gazéification hydrothermale.
JRI 2026 : la méthanisation confirme son rôle stratégique
Les 11ᵉˢ Journées Recherche et Innovation Biogaz – Méthanisation, organisées à Nancy en mars 2026 par le CTBM de l'ATEE, ont constitué un temps fort pour la filière. Quatre enseignements majeurs en ressortent : la méthanisation se confirme comme levier agroécologique, l'optimisation systémique des procédés progresse, les plastiques dits compostables contaminent les digestats sans se dégrader, et la rentabilité réelle des installations reste souvent en deçà des prévisions. L'avenir de la filière passe désormais par la valorisation des co-produits, CO₂ biogénique, flexibilité électrique, digestats, et par une gouvernance territoriale plus intégrée.
Méthanisation : des innovations au service de la performance
Plusieurs avancées présentées aux JRI illustrent le dynamisme de la recherche sur l'optimisation des procédés de méthanisation. L'électrométhanogénèse, procédé bioélectrochimique primé lors de l'événement, démontre qu'il est possible d'augmenter significativement la production de méthane grâce à des biofilms microbiens sur électrodes. La biométhanation in situ, qui convertit le CO₂ en CH₄ par injection d'hydrogène dans le digesteur, confirme une résilience supérieure face aux surcharges organiques. Parallèlement, de nouvelles solutions de traitement de l'H₂S sans apport d'oxygène permettent d'envisager une réduction significative de l'O₂ résiduel dans le biométhane injecté dans les réseaux. Le projet METHASOLCN ouvre quant à lui la voie à une caractérisation rapide des digestats par méthodes spectrales, au bénéfice de leur valorisation agronomique.
Environnement : vigilance sur les CIVE et les microplastiques
Le changement climatique pourrait affecter le potentiel des Cultures Intermédiaires à Vocation Énergétique, qui représentent 35 à 45 % de la production de biométhane dans les scénarios ADEME Transition(s) 2050. Une étude ARVALIS–ENGIE montre un impact modéré sur les CIVE d'hiver mais un risque accru pour les CIVE d'été, avec une forte incertitude sur les précipitations. Par ailleurs, le projet ANR e-DIP révèle que les particules de polyéthylène basse densité, présentes dans les biodéchets, ne se dégradent pas en méthanisation et peuvent induire des effets toxiques variables sur les sols et la macrofaune. Ces résultats soulignent l'importance d'un tri à la source et d'une évolution des normes de biodégradabilité anaérobie.
PPE3 et Power-to-Gas : structuration réglementaire et complémentarité des réseaux
La publication de la PPE3 en février 2026 fixe un cap ambitieux : multiplication par six de la production de biométhane et déploiement de 8 GW d'électrolyseurs d'ici 2035. Le soutien financier évolue avec l'introduction de certificats de production de biométhane imposés aux fournisseurs de gaz. Dans le même temps, le Power-to-Gas s'affirme comme une solution de flexibilité pour les réseaux électriques confrontés aux surplus d'énergie renouvelable. Portés par la directive européenne RED III, les premiers projets commerciaux d'e-méthane émergent en Espagne, en Finlande et en France, illustrant la complémentarité croissante entre réseaux électriques et gaziers.
Qualité gaz : une comparaison inédite des filières de gazéification
Les filières de pyrogazéification et de gazéification hydrothermale, bien qu'elles traitent des intrants et opèrent dans des conditions différentes, produisent des syngaz dont les compositions présentent des similitudes notables. Dans les deux cas, le CO₂, l'eau, l'hydrogène et le CO doivent être éliminés avant injection dans les réseaux. Toutefois, les conditions de pression et de température en sortie de procédé orientent vers des choix technologiques distincts pour la purification du gaz. La gestion des impuretés — composés soufrés, azotés, halogénés — reste un enjeu clé dont la maîtrise conditionne la robustesse et la viabilité économique de ces filières émergentes.
Perspectives
Les prochaines étapes à suivre concernent la mise en œuvre effective de la PPE3 et de ses mécanismes de soutien, le déploiement des premiers projets commerciaux de Power-to-Gas en Europe, l'approfondissement des connaissances sur l'impact climatique des CIVE et la poursuite de l'optimisation des procédés de méthanisation. L'analyse des acteurs du marché du traitement du syngaz, annoncée pour la prochaine édition, viendra compléter le panorama des filières de gazéification. Autant de signaux d'une filière en pleine accélération, qui conjugue innovation technologique, structuration réglementaire et ancrage territorial.
