A la suite de l’appel à projets “Dispositifs physiques et logiciels pour une supervision intelligente des installations de production de biométhane” lancé par GRDF en mai et juin 2020, une cinquantaine d’entreprises innovantes, laboratoires de recherche et de startups ont fait leurs propositions permettant une amélioration du monitoring des sites de méthanisation. 9 projets ont été choisies à l’issue de l’analyse des dossiers, et poursuivent le parcours de sélection.

Trois catégories ont été créées, 3 projets concernant les “capteurs”, 3 projets concernant des “logiciels ou interfaces homme-machine” et enfin 3 propositions concernant la “maintenance prédictive”. Nous vous proposons de découvrir chacun de ces entreprises innovantes dans une série d’articles.

LA SOLUTION expliquée à une grand mère

Nous  proposons un service de pilotage dédié aux  installations de méthanisation avec un focus spécifique sur la  réduction des coûts opérationnels et l’augmentation de la production d’énergie en aidant l’exploitant à mieux gérer sa stratégie d’alimentation.

Pour ce faire, nous proposons une suite de solutions qui permettent :

  • la caractérisation de la matière organique en 5 à 7 jours ouvrés pour en estimer la production de méthane et les risques d’inhibition, c’est “IR-SCAN” 
  • la mesure des inhibiteurs dans le procédé grâce à un capteur appelé “SNAC” qui permet une analyse sur site avec la précision d’un laboratoire extérieur et délivre un résultat dans les 2 heures pour une grande autonomie à l’exploitant
  • l’interprétation immédiate des données, grâce à un outil de simulation logicielle, dit “Memo”, qui permet non seulement de suivre ce qui passe mais aussi d’anticiper ce qui va se passer pour piloter au mieux la recette d’alimentation et les paramètres opératoires.

Nos solutions donnent à l’exploitant toute autonomie pour  piloter sa recette d’alimentation et atteindre ses objectifs de performance. En complément, l’exploitant a recours à un expert à distance ou sur place pour affiner l’analyse, prendre en main les outils … 

  • Le mot (concept) clé à bien comprendre 

Nous proposons un service complet de solutions pour  améliorer la rentabilité des unités de méthanisation, optimiser la gestion des ressources à disposition sur les sites et finalement garantir la sécurité du digesteur et booster la production de biométhane.

Nous avons l’habitude de dire que pour 1€ d’investissement initial, le gain généré est de 4€.

  •  L’argument clé, LA vraie différence, sur le marché 

La vraie différence, c’est la gestion temps réel des performances : là où d’autres solutions prendront 1 à 2 mois pour analyser une matière première qui ne sera plus disponible au moment des résultats,  notre solution IR-SCAN prend 5 à 7 jours, transport des échantillons compris. Dans un modèle classique, des experts passent tous les 2 à 6 mois pour accompagner l’exploitant, alors qu’une erreur d’exploitation peut arrêter le procédé en moins d’une semaine, c’est inadapté … La notion de quasi temps réel du service d’optimisation de BioEnTech est un avantage en terme de coût mais aussi d’efficacité et nous proposons quand même le recours à des experts à distance qui ont accès aux données. BioEnTech, ce sont 13 personnes, réactives et habituées à intervenir sur le terrain sur des questions d’amélioration continue, et ce depuis 2013.  

LES PORTEURS DE PROJET

  • Les  enjeux qui les guident

L’activité de BioEnTech, c’est  90 % de biométhane et des activités sur les biodéchets et le traitement de l’eau (station, compostage, entomoculture).

L’entreprise a été créée suite à un concours d’innovation lancé par l’ADEME. L’objet était d’optimiser la gestion de stations d’épuration industrielles. Le constat de départ est celui d’un gaspillage énorme de la ressource sur les sites industriels (qui génère soit de la pollution soit, par le fait de ne pas être utilisé, entraîne la consommation d’autres sources d’énergie). L’idée était alors de chercher à optimiser ce procédé au jour le jour pour les opérateurs. Le fondateur de BioEnTech a eu l’opportunité de rencontrer le LBE de Narbonne (INRAe) qui est une référence mondiale sur le biométhane et ils ont formé un duo très enthousiastes pour concevoir cette solution et contribuer à réduire les émissions.

  • L’équipe et son moteur 

A la base, Jérémie Miroux, CEO, était directeur commercial dans l’industrie agro alimentaire, en particulier dans l’industrie sucrière : il a vu et pris conscience des gaspillages énormes que représentaient ces déchets non exploités. 

La gestion des déchets est un levier significatif pour contribuer à réduire l’impact environnemental pour s’attaquer au changement climatique. 

Cyrille Charnier, CTO, a rejoint l’aventure quelques mois à peine après son démarrage. Ingénieur chimie verte (Supagro Montpellier/ENSCM) animé aussi par l’envie de participer à la révolution environnementale, il réalise sa thèse en biotechnologie en partenariat entre l’INRA et BioEnTech, qui conduit à développer IR-SCAN et le SNAC.

L’équipe a été complétée peu de temps après par l’arrivé de Francesco Novellis, CIO, ingénieur informatique expert (Ecole Polytechnique de Milan / University of Illinois), qui a permis à BioEnTech le saut de qualité, grâce au développement d’une solution logicielle distribuée, orientée vers le cloud et l’industrie 2.0.

  • Parcours, associés, partenaires …

BioEnTech travaille toujours en collaboration étroite avec l’INRAe et les universités européennes autour des questions de modélisation du procédé, d’analyse de matière, de déploiement des capteurs pour améliorer en permanence ses solutions et avoir un impact de plus en plus important sur la gestion des déchets organiques et eaux usées …

L’entreprise se base sur 2 piliers, le premier, un business proche du terrain avec des impacts économiques très concrets, pour lequel BioEnTech travaille en partenariat avec InnoLab, un laboratoire belge d’excellence qui intervient sur les analyses nécessaires au pilotage des unités de méthanisation.

Le second, la recherche, socle majeur pour l’entreprise : nous avons actuellement 4 projets R&D et 2 thèses en cours ou réalisées.  

Enfin, BioEnTech a été lauréate d’un PIA avec l‘ADEME et partenaire d’excellence de BPI France.

  • Le truc qui le passionne 

Ce qui me passionne, c’est l’innovation, c’est à dire un travail de recherche qui met en oeuvre l’usage de technologies de pointe avec un applicatif utile et durable pour nos clients et un impact écologique significatif.

  • L’idée reçue qui l’exaspère

En fait, il y a toujours un fond de vrai… Le biométhane est  un  secteur en cours de structuration. Le réseau doit continuer à se structurer pour une optimisation à  grande échelle. Le frein à lever est d’organiser le marché de la ressource, de permettre aux utilisateurs/acheteurs d’avoir de la visibilité sur les disponibilités de matière première, sa qualité … C’est un travail de cartographie des ressources du territoire que nous avons démarré avec Akajoule, ENGIE et l’INRAe à travers le projet MAPPED (PIA Ademe) par la mise en place de plateformes coopératives qui permettent de sourcer les matières disponibles  pour  faciliter la mise en relation et  l’aiguillage vers les besoins.  

Donc l’idée reçue que j’ai envie de voir évoluer c’est que l’on finisse par percevoir les déchets organiques non plus comme des déchets, mais comme des ressources pour produire de l’énergie. 

L’AVENIR 

  • Ce que représente la sélection par GRDF 

GRDF est un acteur incontournable de la filière gaz renouvelable avec, de fait, un impact significatif pour accélérer la transition écologique. 

De notre côté, nous avons développé ces outils car nous sommes convaincus que la production de gaz vert, gaz vertueux, est une voie d’avenir, produit par le territoire et pour le territoire.

Aussi, cette sélection par GRDF représente pour BioEnTech un label, une reconnaissance de notre savoir-faire, des valeurs que nous portons, et une occasion de participer à l’accélération de la  transition à une grande échelle. Nos solutions sont matures, le déploiement permettrait d’accélérer les retours d’expérience qualifiés avec une bonne visibilité des  bénéfices. 

  •  Les grands défis du secteur en général et les leurs plus particulièrement,  pour demain ?

Pour BioEnTech, l’enjeu principal est le déploiement à grande échelle de nos solutions avec une  commercialisation à l‘échelle européenne. Aujourd’hui, nous avons 10 à 20 % de sites à l’étranger pour une quarantaine de clients.

– soit dans la méthanisation agricole : des agriculteurs équipés de digesteur pour valoriser leurs déchets sous forme d’énergie et de digestat

– soit des industriels du déchet qui collecte les déchets et procèdent parfois à leur méthanisation dans leurs propres unités (Suez, Veolia, Saria, Victoria group …) > méthanisation territoriale

– soit enfin, les industries elles-mêmes, agroalimentaires ou chimie & papier par exemple, qui produisent des déchets sous forme d’eaux usées et les traitent sur site dans leur méthaniseur pour éliminer la pollution et épurer l’eau, voire produire leur énergie.

Notre déploiement européen se profile en fonction des zones à forte concentration d’habitants et de maturité de l’organisation du marché existant, en particulier la capacité à collecter et trier. L’Europe du Nord présente par exemple un réseau plus mature.

CLIN D’OEIL // EXPERIENCE ENTREPRENEUR

  • Ils vont pitcher devant le jury GRDF prochainement, ce n’est sans doute pas la première fois… Une anecdote sur des expériences passées à partager ?

Même si nous avons l’habitude, il y a toujours cette angoisse de réussir à faire passer son message, et surtout de partager l’enthousiasme autour du projet et l’envie de participer à l’enjeu.

  • Première pensée chaque matin ?  

Il serait triste d’avoir la même pensée tous les matins, mais j’aime garder le rituel d’une séance de sport suivi d’un petit déjeuner en famille.

  • Première véritable satisfaction pro 

Ma thèse ! J’avais une tendance à vouloir pousser les idées jusqu’au bout. Trop peut-être, mon directeur de thèse me temporisait et jusqu’à la soutenance, je ne savais pas s’il serait positif ou négatif sur mon travail. 

A la fin, quand il a pris la parole, c’était pour m’adresser ses félicitations et me dire que j’étais sans doute son meilleur doctorant, une belle surprise !

  • Meilleur encouragement que vous ayez jamais reçu ?

L’innovation, c’est important, mais les humains aussi ! Les avancées ne se font pas que par la technique, mais aussi par les humains et la collaboration.

  • Un mantra ? 

L’innovation doit être au service de la société, elle n’a d’intérêt que si elle apporte des bénéfices réels aux gens.

  • Une qualité personnelle ?

Innovant et humain, j’espère !

  • Un petit message pour séduire le jury ? 

Nos outils ne représentent pas du tout un luxe pour les exploitants, au contraire : un procédé peut se déstabiliser en un jour à 1 semaine, la réaction immédiate est un gage de qualité qui répond au besoin de stabilité et d’optimisation. C’est très concret, et GRDF a l’opportunité aujourd’hui de nous aider à les déployer à plus grande échelle. Activons la transition écologique ensemble !