A la suite de l’appel à projets “Dispositifs physiques et logiciels pour une supervision intelligente des installations de production de biométhane” lancé par GRDF en mai et juin 2020, une cinquantaine d’entreprises innovantes, laboratoires de recherche et de startups ont fait leurs propositions permettant une amélioration du monitoring des sites de méthanisation. 9 projets ont été choisies à l’issue de l’analyse des dossiers, et poursuivent le parcours de sélection.

Trois catégories ont été créées, 3 projets concernant les “capteurs”, 3 projets concernant des “logiciels ou interfaces homme-machine” et enfin 3 propositions concernant la “maintenance prédictive”. Nous vous proposons de découvrir chacun de ces entreprises innovantes dans une série d’articles.

LA SOLUTION expliquée à une grand mère

Notre solution est basée sur un instrument de mesure adossé à un logiciel qui va permettre d’extraire des informations à partir des données de cet instrument. Des capteurs sont placés sur différents points de mesure, un réacteur de biométhane par exemple. Ensuite, l’instrument va déployer une série de pinceaux lumineux, invisibles, parfaitement sûrs pour les yeux, sur toute la zone concernée, le bioréacteur par exemple ou n’importe quel site industriel, et va mesurer les molécules de méthane qui traversent ces faisceaux lumineux. On mesure donc la concentration de méthane sur le site que l’on veut caractériser.

L’avantage est que cela donne une vue spatiale et temporelle; c’est une vue immédiate de la concentration sur l’espace concerné. Le logiciel intervient pour prendre ses données, y adjoindre les données météo (la force et la direction du vent essentiellement) cela permet de retrouver la source et de quantifier la concentration et le flux de méthane.

  • Le mot (concept) clé à bien comprendre

Le mot clé serait ‘Insight’ en anglais, perception peut être en français. Nous avons un instrument qui va nous donner une grande quantité d’informations et le logiciel permet d’extraire l’information dont le client a besoin. Cela donne une vision approfondie du site: l’intelligence de la mesure en quelque sorte !

  • L’argument clé, LA vraie différence, sur le marché

D’une part, c’est une solution rapide, qui donne une réponse immédiate sur les quantités de méthane et d’autre part, elle permet une mesure continue, pour obtenir une vue continue du comportement du site.

C’est très important parce que cela permet de détecter immédiatement des fuites de méthane qui partirait dans l’atmosphère. Une fuite, c’est une perte de valeur pour l’exploitant, donc plus on agit vite, moins on enregistre de perte. C’est un argument commercial mais également écologique. Cela permet de démontrer la vigilance et la capacité à mettre en oeuvre une réponse immédiate et aussi d’anticiper, en évitant que ce soit le nez d’un voisin qui détecte une fuite; c’est important pour les relations de voisinage !

LES PORTEURS DE PROJET

  • Les enjeux, le parcours, les associés et partenaires …

A l’origine, je suis chercheur dans un laboratoire britannique (Rutherford Appleton Laboratory’s Space Science and Technology division ?) qui crée de la propriété intellectuelle dans la mesure des gaz de manière optique. Nous avons plusieurs brevets dont un qui sous tend l’innovation technologique de Mirico.

Il y a 5 ans, j’ai décidé de créer une entreprise pour exploiter notre propriété intellectuelle dans ce domaine. Mon cadre de recherche, ce sont les systèmes de mesure pour l’atmosphère reliés aux questions de changement climatique et aux problèmes de transition écologique.

C’est vraiment ça, le driver de Mirico : nous avons besoin d’engager la transition pour limiter les Gaz à Effets de Serres, les pollutions … pour cela, il faut des instruments de mesure pour avoir des données fiables sur lesquelles étayer des décisions.

Notre enjeu est d’accompagner tous ces acteurs de l’énergie pour les aider à atteindre leurs buts. Mais au delà des industriels de l’énergie, il y a également un besoin fort identifié de surveillance environnementale, pour lequel nous travaillons avec les agences de régulation, les universitaires, les organismes environnementaux…

Personnellement, je suis l’inventeur de la solution et le fondateur, je suis aujourd’hui Chief Scientific Officer … La présidente, Linda Bell, a une expérience très significative dans le domaine de l’instrumentation gaz. Aujourd’hui, nous sommes une quinzaine dans l’équipe, avec une large diversité de profils. Mais la constante, c’est l’expertise, 75% des membres de l’équipe ont un doctorat.

L’état d’esprit de Mirico, c’est celui d’une start up, tout le monde est très investi, c’est très porteur.

Le truc qui les passionne

A 100%, le méthane!

Nous sommes convaincus que c’est un levier très important de la transition climatique, peut être plus encore que le CO2: une action vers le méthane permettra de voir un impact climatique à court terme. Le méthane a une durée de vie de 12 ans dans l’atmosphère, 150 ans pour le CO2

L’idée reçue qui les exaspère

En termes de mesure et d’instrument, l’idée reçue qui m’agace c’est d’imaginer qu’avec 100 instruments qui font de mauvaises mesures on pourrait en faire une bonne ! Alors non, la quantité ne peut pas remplacer la qualité.

L’AVENIR

  • Ce que représente la sélection par GRDF

Pour Mirico, cela permettrait de commencer à exploiter notre technologie dans un nouveau secteur, que nous avons très peu touché jusqu’à présent, à part un test sur un digesteur anaérobique. Ce serait l’occasion d’avoir des contacts avec une entreprise motivée par ces questions d’impact environnemental.

  • Les grands défis du secteur en général

La filière a besoin d’asseoir les conditions de sa durabilité économique: les prix du gaz baissent, il faut vraiment optimiser la chaîne, en terme de prix et de compétitivité pour que le modèle soit viable.

  • Et plus particulièrement, leurs principaux enjeux pour demain ?

Nous avons de gros clients dans le secteur de l’énergie et de la géo- énergie, sur des problématiques de mesure de méthane et de CO², de contrôle des conditions de capture et de séquestration du carbone…

Nous souhaitons comprendre et identifier là où notre solution peut produire la meilleure valeur: l’un des moyens les plus efficaces est d’expérimenter, faire des tests avec nos clients …

CLIN D’OEIL // EXPERIENCE ENTREPRENEUR

  • Ils vont pitcher devant le jury GRDF prochainement, ce n’est sans doute pas la première fois. Une anecdote à partager ?

Je n’ai pas spécialement de souvenir de pitch, mais c’est sans doute parce que je suis entré dans un tout secteur que je connaissais mal, donc tout était plus ou moins nouveau : j’aime rencontrer des gens, découvrir, …

J’avais quelques appréhensions sur l’univers des start up : j’avais l’impression qu’il y avait beaucoup de ”buzz words”, de paroles et peu de contenus tech, de désinvolture… j’ai été très favorablement surpris et notamment lorsque j’ai rencontré le premier investisseurs, c’était une révélation. Je me suis retrouvé face à un passionné des questions techniques, prêt à contribuer avec de nouvelles idées, … pas du tout ce que j’imaginais ! Finalement, c’était le début de la formation d’une véritable équipe.

  • Première véritable satisfaction professionnelle

C’était le premier déploiement de notre premier produit. Il s’agissait d’un partenariat avec une entreprise d’énergie en Islande, quand nous sommes partis déployer dans une zone assez éloignée de la capitale, c’était le mois d’octobre et les conditions météo étaient désastreuses. Voir la solution fonctionner dans ces conditions, c’était formidable !

  • Le meilleur encouragement que jamais reçu ?

C’est plutôt un encouragement quotidien : c’est de voir la motivation et l’implication de l’équipe : prêts à faire toujours plus pour que ça fonctionne, c’est le meilleur soutien que l’on puisse avoir. Les investisseurs aussi bien sûr !

  • Le mantra ?

On vise la qualité, toujours au top

  • Une qualité personnelle

Analytique, c’est bien et ennuyeux aussi parfois ! J’aime que les décisions prises le soient avec le plus de données possibles … Et puis la persévérance : Mirico, c’est 20 ans de travail.

Je suis plus coureur de fond que sprinter !

  • Un petit message pour séduire le jury ?

Alors je ne veux pas les séduire ! Je veux les convaincre avec des données et des preuves.