L’appel à projets GRDF-Maddy Keynote lancé fin 2019 devait couronner un lauréat. Mais comme il est parfois difficile de trancher entre des propositions de grande qualité, il y a eu deux lauréats. Aux côtés d’Axibio, la startup BioRenGaz a été distinguée par un prix « Encouragements ». Le porteur du projet, Jonathan Fritsch, nous dévoile cette expérience.

Le projet BioRenGaz propose une solution dans le processus de méthanisation. Qu’apportez-vous sur ce marché ?

BioRenGaz a pour objet de développer une nouvelle technologie qui permet des performances de méthanisation trois fois supérieures aux technologies existantes ; cela permet d’avoir des installations trois fois plus petites, avec une rentabilité de production supérieure et un coût moins élevé. Cela grâce à un support de culture permettant le développement de bactéries qui améliorent les performances de méthanisation de façon peu onéreuse.

Ce procédé est très adapté pour installer de petites unités proches des lieux de production de déchets alimentaires, mais aujourd’hui pas assez rentables. Cela permettrait aussi de limiter les distances de transport de déchets, ce qui ajoute encore un avantage sur le plan écologique.

À quel stade de développement en étiez-vous lorsque vous avez postulé à l’appel à projets GRDF-Maddy Keynote ?

J’ai commencé à travailler sur ce projet à l’été 2018 et j’ai créé la startup en janvier 2019. À la fin 2019, j’en étais à rechercher les financements pour concrétiser le pilote industriel, dont la mise en place est aujourd’hui mon principal objectif : je suis à la recherche d’un site d’implantation.

Par ailleurs jusqu’à présent j’étais seul sur ce projet ; aujourd’hui je suis en cours d’association.

Quelles ont été vos motivations pour postuler ?

Je cherchais à être identifié par un acteur reconnu du secteur. Et également à valider le gisement potentiel du marché : nous savons qu’en 2024 les déchets des particuliers devront être valorisés ; ils le sont très peu pour l’instant et ce procédé pourrait aider à atteindre cet objectif.

Enfin, j’espérais trouver un financement de recherche et développement ; cela n’est finalement pas possible directement de la part de GRDF, mais un prix de ce type peut aider à le trouver.

Comment s’est déroulée pour vous l’expérience de cet appel à projets ?

J’avais rencontré antérieurement le Directeur de l’Innovation de GRDF lors d’un pitch de startups. C’est lui qui m’a signalé le lancement de l’appel à projets.

Concernant le dossier à déposer, j’en ai l’expérience pour avoir participé à beaucoup de concours de startups et j’ai trouvé celui-ci abordable et pertinent, avec le niveau de détails nécessaire. Il a ensuite été complété par des échanges pour préciser certains points.

Durant la Maddy Keynote, le pitch était un peu stressant pour moi, mais j’ai trouvé beaucoup d’intérêt à être dans cet environnement de startups et de rencontrer celles du secteur. On aurait pu se considérer comme des concurrents mais j’ai surtout vu la synergie potentielle.

Le fait d’avoir le projet exposé sur le stand de GRDF m’a permis aussi de rencontrer des contacts intéressants ; par exemple des représentants du fonds d’investissement de BPI France, qui m’ont encouragé à les solliciter. J’aurais peut-être pu le faire dans la foulée mais j’ai préféré me focaliser sur le pilote industriel avant de solliciter ce fonds, tout comme d’autres, quand je pourrai présenter un projet un peu plus avancé, avec la validation du pilote.

Cette distinction vous a aussi apporté un accompagnement par le cabinet-conseil en stratégie Enea. En quoi cela a-t-il fait avancer le projet ?

C’était un accompagnement à la carte et je les ai sollicités pour développer une présentation-type du projet et un pitch de trois minutes sans support. Ça a été très pertinent. J’ai été accompagné par deux consultants, qui m’ont fait faire des tests en situation.

« J’ai pu travailler un pitch plus convaincant »

Depuis j’ai eu l’occasion de pitcher. Je suis toujours un peu stressé mais mon pitch est rôdé et plus convaincant, plus facile à comprendre pour des non-spécialistes et avec un storytelling plus élaboré. J’avais déjà eu des informations générales sur les techniques de pitch, mais c’était la première fois que j’étais vraiment aidé directement sur mon projet. 

Cela me sera d’autant plus utile que mon objectif suivant, pour début 2021, sera de lever a minima 500 000 euros dans le but de financer l’industrialisation et l’étude du premier modèle d’affaires.

Pour conclure, avez-vous le sentiment que cet appel à projets vous a permis d’accélérer dans le développement de BioRenGaz ?

Paradoxalement, en plus de ce que nous venons d’évoquer, il a contribué à me faire reconnaître localement. La startup est installée à Strasbourg et j’ai eu beaucoup de mal, au démarrage, à convaincre en local et à obtenir des financements. Ce sujet suscite moins facilement l’intérêt que si je travaillais dans la santé par exemple. Mais depuis que j’ai été repéré nationalement, entre autres par ce prix, les acteurs de ma région prennent conscience de l’importance du projet.

J’ai ainsi obtenu récemment la bourse French Tech, qui aurait dû arriver plutôt dans la première année de la startup. Peut-être aussi parce que je portais le projet seul et qu’on cherchait à vérifier ma capacité à tenir dans la durée. En tout cas j’ai gagné en crédibilité, grâce à GRDF et aussi à l’association avec Maddyness, qui est une référence dans le milieu des startups.

Donc je remercie GRDF qui a été facilitateur et avec qui nous avons encore des synergies à développer.