Water Horizon est l’un des 5 lauréats de l’appel à projets que GRDF a dédié à la décarbonation de l’industrie. Sa technologie disruptive permet de récupérer la chaleur industrielle perdue, de la stocker puis de la distribuer sous forme d’énergie thermique renouvelable des mois ou des années plus tard. Jean-Emmanuel Faure, fondateur de Water Horizon nous présente son invention.

Comment est née est Water Horizon ?

J’étais en école d’ingénieur à Toulouse, en mécanique des fluides, quand j’ai inventé la technologie. C’était il y a 6 ans. Deux ans plus tard, j’ai créé Water Horizon, qui est donc une très jeune entreprise. La technologie est à un stade de maturité technologique notée TRL 6. Nous estimons qu’il nous faudra encore un an avant de mettre sur le marché un premier pilote industriel.

En quelques mots, en quoi consiste cette invention ?

Water Horizon développe une batterie capable de récupérer la chaleur fatale présente dans l’industrie entre 100 et 200 °C, de la stocker sur le long terme et de la distribuer pour un consommateur distant, sous forme d’énergie thermique. 

À la différence d’un ballon d’eau chaude, la batterie ne stocke pas la chaleur : elle charge une réaction chimique réversible, avec une phase endothermique (où elle absorbe l’énergie et la stocke) et une phase exothermique (ou elle libère l’énergie). En stockant une réaction chimique plutôt que de la chaleur, nous pouvons stocker l’énergie pendant des années sans déperdition et la redistribuer sous forme de chaud mais aussi du froid sur des sites distants. À aucun moment, cette batterie ne produit d’électricité. 

La batterie thermique mobile permet de transporter la chaleur d’un point où elle est perdue à un point où elle peut être consommée. Ce n’est donc pas seulement une technologie de stockage mais aussi une solution de distribution d’énergie renouvelable. 

Quels marchés envisagez-vous d’adresser avec cette solution ?

Nous nous adressons à la fois aux acteurs industriels qui produisent la chaleur perdue et aux gros consommateurs de froid : industrie agroalimentaire, entrepôts frigorifiques, hypermarchés, datacenters, etc. Vis-à-vis des industriels « amont », valoriser cette chaleur perdue est une avancée en termes d’image et un moyen d’économiser la taxe carbone. Nous leur proposons également d’investir dans le projet et ainsi, de bénéficier du retour sur investissement lié à la livraison d’énergie. En aval, les industriels achètent du froid d’origine renouvelable à un prix compétitif par rapport au froid traditionnel. 

Le marché est considérable car le gisement de chaleur fatale non exploitée représente en Europe l’équivalent de 100 réacteurs nucléaires. Nous ciblons 20 % de cette capacité, ce qui représente un marché potentiel de 50 000 batteries.

Quelles sont les prochaines étapes de développement ?

Nous avons développé un prototype à l’échelle laboratoire qui peut alimenter une maison de 200 m² en chauffage ou en climatisation. D’ici à 2022, nous allons changer d’échelle et produire une première unité industrielle de 1 MW. Un changement de dimension qui nous ferait passer de 10 à 20 salariés, avec pour objectif de vendre nos premières unités industrielles fin 2022 début 2023. Nous visons la commercialisation de 54 batteries en 2026.

Comment GRDF peut-il vous accompagner dans cette roadmap ?

Très concrètement, le prix que nous venons d’obtenir va nous permettre de développer un second prototype capable de produire du froid négatif (< 0 °C) et d’étendre ainsi de façon conséquente notre marché. Sur le long terme, GRDF est un acteur de référence qui peut nous mettre en relation avec des industries productrices de chaleur fatale et consommatrices de chaleur et/ou de froid. Son appui est indispensable pour monter des projets de valorisation énergétique qui répondront le mieux aux attentes des clients en quête de solutions d’énergies renouvelables.